Urgence POLT : du rêve à la réalité

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Urgence POLT : du rêve à la réalité

L''association "Urgence POLT" qui a tenu son assemblée générale à Brive samedi dernier vient de publier un communiqué dans lequel elle rend compte de son entrevue avec le Préfet du Limousin, Laurent Cayrel http://www.urgencelignepolt.fr/files/POLT20Cayrel.pdf.

Dans celui-ci elle affiche un satisfecit inquiétant en indiquant :

" M. le Préfet Cayrel nous a indiqué que : « la première problématique d’urgence c’est Paris- Orléans-Limoges-Toulouse. Cette ligne étant la ligne TET prioritaire » précisant que « l’urgence de moderniser POLT est indépendante de la question de la LGV Poitiers- Limoges ». Il a précisé que sa mission portait également sur la perspective d’amélioration qualitative notamment concernant les seuils de vitesse avec un minimum de 200km/h et l’examen de 220km/h, voire au-delà.

Comment une association qui entend défendre la ligne historique dans son intégralité peut-elle rapporter et se satisfaire de tels propos sans s'interroger sur leur véracité ?

Il s'agit bien là de propos rassurants et bienveillants du Préfet qui feraient abstraction de la réalité et des nombreux écrits et rapports concernant le POLT.

Alors que l'association se refuse toujours à s'opposer franchement à la LGV Poitiers-Limoges qui menace directement la survie de la ligne, Philippe Duron n'avait pas hésité dans son rapport à écrire " Ce projet de ligne nouvelle entraînerait surtout de facto la fin de la ligne POLT au sens de radiale structurante." (page 45).

Quand à l'amélioration qualitative de la ligne elle reste en tout état de cause limitée et ne pourra pas franchir des seuils de vitesse indiqué dans des délais rapprochés dans la mesure où le coût est peu supportable pour les finances publiques. D'ailleurs le rapport sur l'avenir des TET spécifie:

" Ainsi, l’effort de régénération de l’infrastructure, à y poursuivre en priorité afin de fiabiliser les temps de parcours, représente un investissement d’environ 1,5 Mds€ selon les dernières estimations.

La modernisation de l’infrastructure pourrait également être mise à l’étude afin de relever les vitesses maximales autorisées et diminuer les temps de parcours, sous réserve que le gain de temps soit significatif au regard des coûts d’investissement requis. Il conviendra d’évaluer pour cela les bénéfices attendus du relèvement des vitesses maximales autorisées au regard des temps de parcours effectivement gagnés, dans le cadre d’une étude socio- économique précise :

  •  le relèvement de 160 à 200 km/h des sections où cela est possible (Vierzon – Chateauroux) est de ce point de vue une priorité, permettant en outre de tirer le meilleur profit d’un matériel roulant à 200 km/h ; cet investissement est évalué à 90M€ et la fiabilité de la desserte bénéficierait par ailleurs de la réalisation d’installations permanentes de contresens, pour un montant d’environ 150 M€ ;

  •  le relèvement de tronçons à une vitesse maximale de 220 km/h pourra dans un second temps être étudié et devra faire l’objet d’une analyse au cas par cas, dans la mesure où, associé au renforcement des installations électriques, il représenterait un investissement supplémentaire de l’ordre de 250 M€ pour un gain de temps limité à 8 à 10 minutes ;

  • enfin, si un relèvement à une vitesse maximale supérieure à 220 km/h peut être envisagé sur certains tronçons (Les Aubrais – Vierzon), il impliquerait des investissements considérables de mise en conformité avec les prescriptions réglementaires s’appliquant au-delà de cette limite, pour un gain de temps limité à quelques minutes. Cette option paraît par conséquent devoir être écartée.

Ces informations sont d'ailleurs confirmées par les études menées par RFF qui a détaillé les améliorations possibles de la ligne mais qui ont ne sont pas envisagées dans les travaux projetés pour le milliard promis et qui sont destinés simplement à fiabiliser les temps de parcours.

L'Association "Urgence POLT" serait également bien inspirée dans son positionnement de tenir compte des paragraphes suivants (rapport de Philippe Duron sur l'avenir de TET( http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_TET_d_avenir.pdf) ) :

  • "La commission tient enfin à attirer l’attention des décideurs politiques sur la nécessité qu’il y a d’assurer une cohérence des choix publics en matière d’investissements d’infrastructure et de services ferroviaires. Ceux-ci devraient être décidés pour répondre aux besoins de mobilité des populations, et leur être adaptés. Dans le cas où des projets de lignes à grande vitesse seraient poursuivis dans les délais prévus, les conséquences qu’ils auraient sur le schéma de desserte, l’offre et les caractéristiques du matériel roulant TET à acquérir devront être prises en compte.
  • Il semble également à la commission que, suite à l’avis de la commission d’enquête publique, l’avenir du grand projet Sud-Ouest (ligne à grande vitesse Bordeaux – Toulouse) renforce le besoin d’un tel maintien de la desserte de Toulouse par Limoges. ( page 37)"

La dite commission d'enquête mentionnait aussi : "La ligne nouvelle Bordeaux-Toulouse va assécher partiellement la ligne POLT. La baisse de fréquentation et le déficit d’exploitation qui s’ensuivra aura des conséquences sur la desserte des villes moyennes proches et sur les économies locales."

Il serait grand temps qu'Urgence POLT arrête de faire l'autruche et prenne en compte dans son combat les risques réels et majeurs qui pèsent sur la ligne. Ils étaient déjà parfaitement explicités dans la lettre de Daniel Bursaux du 23 janvier 2013. Demander l'amélioration de la ligne sans intégrer son environnement direct, dénote d'un grave manque d'analyse et se rallier aux avis des élus de la Corrèze tous favorables à la LGV est une faute.

La ligne POLT est bien une ligne majeure, mais qui ne vivra dans sa forme de gestion actuelle et améliorée que si la LGV Poitiers-Limoges ne la vide pas de son sens et de ses voyageurs...

Il est évident que les deux lignes ne répondent pas aux mêmes objectifs et en ce sens, on ne peut pas les opposer; mais on ne peut pas demander à faire du POLT une ligne rapide avec des matériels super performants alors que la LGV répondra à ce besoin. La ligne POLT ne serait alors qu'une ligne de desserte fine du territoire, qui a certes besoin d'un entretien justifié et urgent , mais pas d'améliorations coûteuses pour des performances accrues.

Par ailleurs, il convient de se reporter à la déclaration du Préfet Cayrol sur France Bleue https://www.francebleu.fr/infos/politique/routes-renovation-du-polt-securite-refugies-les-arbitrages-du-prefet-de-region-1444041417 dans laquelle il disait clairement que la ligne POLT s'inscrivait dans un ensemble où des LGV allaient être mises en place mettant par exemple Toulouse à 3h10 de Paris et qu'il faudrait choisir entre une desserte locale ou une desserte plus rapide en abandonnant des arrêts, ce qu'Urgence POLT se garde bien de mentionner et occulte dans son raisonnement.

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