LGV Poitiers-Limoges : Médiapart remet aussi les pendules à l'heure

Dimanche 26 octobre 12h--Médiapart vient de publier un article sur le rapport que vient de rendre la Cour des Comptes sur "LA GRANDE VITESSE FERROVIAIRE - Un modèle porté au-delà de sa pertinence".


L'analyse qui y est conduite est extrêmement sévère pour "les Sages de la rue Cambon" et devrait être méditée par tous ceux qui n'ont vu dans ce rapport que ce qui se rattachait à leur intérêt immédiat, c'est à dire la LGV Poitiers-Limoges.


Il est évident que les éléments avancés sur le barreau résultent tous, des documents du lourd dossier constitué depuis 10 ans,  tant par RFF que par l'Etat. Et à cet égard, la Cour de nous apprend rien d'original.


Ce qui est plus intéressant, quelque soit la position que l'on peut avoir sur la LGV Poitiers-Limoges ce sont les conséquences de l'argumentation menée par la Cour.


Et en cela, l'article publié par Médiapart recentre le débat sur les finalités avouées de la Cour des Comptes. Il faut considérer, au delà des exemples,  le fondement des arguments incidieux avancés, qui arrive à la conclusion " en  mettant en avant le « mur de la dette » auquel se heurte le système ferroviaire français, elle préconise « la modification radicale de l’une des caractéristiques premières du modèle français de grande vitesse, par une réduction significative des dessertes sur lignes classiques ainsi que des arrêts intermédiaires sur les lignes existantes »."

 

Médiapart reconnait "qu'il y a beaucoup à dire sur la gestion actuelle de la SNCF. Tous les voyageurs ont pu noter la dégradation progressive de ce service public, la perte de tout repère, avec ces fermetures des dessertes secondaires, et surtout l'abandon total des trains de banlieue, l'incapacité à mettre en place un fret ferroviaire, la politique tarifaire opaque et illisible qui aboutit à des prix prohibitifs, et pour finir, ces trains qui n’arrivent même plus à l’heure. Il a fallu le tragique déraillement de Brétigny-sur-Orge, en juillet 2013, pour mettre enfin en lumière le sous-investissement massif dans les infrastructures et le recours systématique à la sous-traitance. Un bilan dans lequel Guillaume Pepy, qui dirige la SNCF depuis dix-sept ans, d’abord comme directeur général puis comme président, porte une lourde responsabilité, mais à qui il n’a jamais été demandé de comptes.

Mais ce n’est pas sous cet angle que la Cour des comptes revisite la politique de la SNCF. La mise en cause de la politique du tout-TGV, qui a abouti à laisser en déshérence une grande partie du réseau ferroviaire, à abandonner nombre de missions de service public, n’est qu’un prétexte pour ancrer des révisions plus fondamentales : finalement, le TGV n’est pas un instrument de service public et d’aménagement du territoire. En un mot, les Français doivent s’habituer à l’idée que c’est un luxe auquel ils ne peuvent plus prétendre."

Médiapart souligne également que "Les lignes à grande vitesse étant rentables, il fallait trouver un autre angle d’attaque que la gestion économique pour ébranler le système et un autre poncif que le traditionnel régime spécial des retraites des cheminots. Pour les besoins de la démonstration, le rapport s’attaque d’emblée au succès du TGV. Les Français pensent qu’il s’agit d’une véritable réussite technologique, industrielle, et de services. Erreur, dit le rapport, qui titre son premier chapitre sur les limites du succès".(Les TGV sont, d'ailleurs,  toujours rentables  bien que que la marge soit passée de 25% à 12%) Comme Médiapart, on peut s'interroger sur la façon dont est menée l'argumentation de la Cour en aboutissant de façon systématique à prouver, le coût prohibitif du service public pour la société :" le TGV a un vice évident : il ne sert pas uniquement à l’économie. « Les deux tiers des voyages sont personnels et un tiers est professionnel », note le rapport. La notion de service public et d’intérêt général n’est décidément plus un critère pour la Cour des comptes."

 

La conclusion de Médiapart découle de la façon dont la Cour critique en transformant ses missions premières :

"Ce n’est pas la première fois que celle-ci outrepasse ses missions. De contrôleur des investissements publics, elle s’érige de plus en plus souvent en censeur des politiques publiques, en conseil supérieur de la République, sans débat, sans aucun contrôle démocratique. Ses avis, que nous sommes priés de prendre pour parole d’évangile, vont toujours dans le même sens : une libéralisation totale conduisant au démantèlement de tout service public, à l’oubli de l’intérêt général."

 

 

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