SNCF : Guillaume PEPY donne son point de vue sur l'évolution des transports de voyageurs à la SNCF

Tarifs, qualité du réseau, TER, lignes TGV : le président de la SNCF évoque tous les sujets, avant sa visite à Strasbourg, le jeudi 16 mai, pour évoquer les déplacements du futur.

Guillaume Pépy répond à plusieurs questions sur l'évolution des transports :

Comment le train peut-il devenir une alternative à la voiture pour les déplacements au quotidien et les autres :

Les transports en commun deviendront une alternative à la voiture si nous faisons le nécessaire pour qu’ils s’articulent parfaitement entre eux. C’est le projet de la SNCF : proposer des mobilités de porte à porte. Premièrement, cela demande de bonnes correspondances, une coordination parfaite entre tous les acteurs : TGV, TER, transports urbains, autopartage, stations vélos, taxis, etc.

Deuxièmement, on doit offrir à nos clients la même sérénité, le même confort et le même niveau d’information que ceux qu’ils ont l’habitude de connaître dans leur voiture. Cela existe dans des pays asiatiques où l’on peut avec son smartphone préparer tout son parcours et même acheter sa boisson et son sandwich en gare. Nous devons être capables d’assurer un suivi personnalisé de chaque voyageur avec les nouvelles technologies. Nous avons encore du travail devant nous.

Il y a aussi la question du prix. Le train coûte encore trop cher.

Sur les courtes distances, le train est moins cher que la voiture parce que la collectivité, donc le contribuable, participe. Sur les longues distances, l’usager paye la totalité du prix. Mais si on prend en compte le vrai coût de la voiture (avec l’achat, l’entretien, le carburant…), le train reste moins cher dans de très nombreuses situations.

Notre objectif est de baisser nos coûts pour baisser les prix. Nous l’avons fait avec Ouigo qui propose cette année 400 000 places à 10 euros : c’est une bonne réponse aux besoins des familles, puisque 20% des clients depuis le lancement sont des enfants. Nous tirerons un bilan dans quelques mois avant de lancer des projets de développement. L’objectif, c’est que le prix du billet corresponde à l’attente de chaque voyageur. Celui qui veut un billet souple, modifiable au dernier moment à une heure de pointe, peut accepter de le payer plein tarif. Celui qui prend un train moins fréquenté longtemps à l’avance obtient un petit prix. L’ID-TGV pour les voyages de quatre heures est aussi un bon exemple en période de week-end ou de vacances. Et nos comparateurs permettent aujourd’hui d’être transparents sur les prix et de proposer une palette pour tous les besoins.

Comment vous préparez-vous à l’arrivée de la concurrence ?

D’abord, nous sommes déjà en concurrence depuis longtemps avec la voiture et l’avion, et nous nous battons pour offrir de meilleurs prix, un meilleur confort. Et sur les rails, c’est aussi le cas pour les marchandises et le transport international. Mais en 2019, la concurrence sera complètement ouverte sur les rails. Nous abordons cette échéance sans triomphalisme ni défaitisme. Nous avons encore cinq ans de travail pour améliorer le rapport qualité/ prix sans augmenter les tarifs ni réduire le service. La seule boussole qui nous guide, c’est la satisfaction des clients.

En région, que vont devenir les lignes Intercités sur lesquelles roule un matériel vétuste ?

On a peut-être trop laissé croire que le TGV était la réponse à tous les besoins de transport ferroviaire. Mais le TGV aujourd’hui, c’est un voyageur sur dix. Donc, pour les trains grandes lignes Intercités qui desservent beaucoup de grandes villes, un effort de modernisation doit être fait. C’est une volonté partagée entre la SNCF et l’État, et c’est dans ce sens qu’on a passé un contrat qui garantit un avenir à ces trains. Très récemment, le gouvernement a décidé d’acheter des trains neufs pour succéder au Corail sur les grandes lignes.

Les critiques des usagers du TER sont nombreuses…

Le TER est un succès formidable avec une progression de trafic de 40 % depuis que les Régions en ont la charge. Elles ont commandé pour 11 milliards d’euros de trains neufs et développé le réseau. Les TER ont atteint une ponctualité de 92,6 % en France, qui est supérieure à celle des TGV et des Intercités.

Mais aujourd’hui, le TER est victime de son succès. La priorité numéro 1 est d’entretenir le réseau existant. Cela passe par des travaux plus lourds sur le réseau qui est vétuste, parfois saturé avec même des bouchons ferroviaires.

Cela passe aussi par l’acquisition de nouveaux matériels qui sont actuellement en construction : le Regiolis d’Alstom fabriqué en Alsace et le Regio2N de Bombardier. En 15 ans, 1 500 trains nouveaux auront été introduits sur l’ensemble des régions françaises.

Rentabilité en baisse, gel de la construction de nouvelles lignes : c’est la fin des Trente Glorieuses pour le TGV ?

Ma priorité aujourd’hui va aux trains de la vie quotidienne. Un grand plan de modernisation du réseau a été lancé par le gouvernement qui produit ses premiers effets. Pas moins de 1 000 chantiers sont ouverts en 2013.

Le gouvernement vient d’annoncer un second plan de modernisation qui produira ses effets à partir de 2015. Ces travaux permettront d’améliorer la qualité de service. C’est un bénéfice pour tous !

Sur le TGV, quatre chantiers sont en cours : l’achèvement de la ligne Est Européenne qui mettra Strasbourg à 1 h 50 de Paris, la poursuite du TGV Sud Est de Nîmes à Montpellier, du TGV Ouest à Rennes, du TGV Sud-Ouest vers Bordeaux. Avant la fin 2013 s’ouvrira entre Perpignan et Barcelone la première interconnexion entre l’Espagne et la France, les deux plus grands réseaux de TGV. Le TGV n’est pas à l’arrêt.

Les usagers vous reprochent le manque d’information lorsque le train s’arrête, et aussi les grèves.

Nous devons être encore plus rigoureux et plus rapides sur l’information en temps réel, en profitant des moyens digitaux. Même si très souvent les perturbations liées à des actes de malveillance sont difficiles à évaluer. Quant aux mouvements sociaux, leur nombre n’a jamais été aussi bas depuis douze ans (0,5 journée de grève par cheminot).

La SNCF renoue avec le recrutement ?

En 2013, nous ouvrons 9 000 postes dans cent métiers du groupe, dont 4 500 cheminots. Nous embaucherons également 500 emplois d’avenir d’ici septembre avec un programme de formation et de travail qui remettra à niveau des jeunes en difficulté.

Guillaume Pepy sera l’invité jeudi 16 mai de la conférence Gutenberg sur le thème «Comment imaginer les mobilités du XXIesiècle» (de 18h30 à 20h, hôtel Hilton à Strasbourg. Entrée libre dans la limite des places disponibles)

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