SNCF: la machine infernale, Un réquisitoire contre le TGV ou un pamplet contre le service public ?

La SNCF fait décidément couler beaucoup d'encre !.

 

En ce moment, en particulier, les focalisations vont bon train jusqu'à ressortir un livre édité en 2004 : "SNCF : la machine infernale ".

Celui-ci reprend, certes, des vérités , mais il est surtout le reflet d'un  parti pris acide, appuyé et assumé des auteurs très fidèles relais des idées libérales.

 

Il est écrit par  trois journalistes, Nicolas Beau, Laurence Dequay et Marc Fressoz, qui ont fouillé les tréfonds de l'entreprise ferroviaire. Ils y ont trouvé de quoi taper à tout-va (politique du tout-TGV, corruption, stratégie de groupe illisible).

Le livre reprend en outre, quelques thèmes rebattus (gouffre à argent public, "mammouth ferroviaire", inertie bureaucratique,  mythologie du service public, clique d'ingénieurs fous et immobilisme syndical),et rappelle que la SNCF est « Un service public qui fonctionne à l'avantage des cheminots et au détriment du contribuable, 30 % de sureffectifs, un déséquilibre du régime des retraites qui n'est pas traité .

 

Ce n'est pas par hasard, qu'il est systématiquement évoqué lors des grèves de cheminots et son rappel tombe à pic dans la période actuelle où la concurence dans les transports ferroviaires va devoir trouver une  place effective, que se soit pour les transports de voyageurs sur les lignes nationales ou  pour les trains express régionaux.

 

Ce livre apparait comme l'une des pièces d'une machine de propagande , qui va de  la télévision aux régulières publications anti-grèves, anti-cheminots, anti-services publics .

Cette machine infernale-là, ne supporte pas de voir qu'une entreprise publique puisse avoir des points positifs , c'est idéologiquement inconcevable. Si les résultats se mesurent en termes financiers pour les entreprises privées, d'autres critères interviennent lorsqu'il s'agit d'un service public.

 

La lecture, par ailleurs émaillée d'anecdotes croustillantes, ne peut que conforter dans l'idée que la SNCF est complètement "sclérosée", que  les cheminots,"cette coûteuse bureaucratie" sont  des fainéants, qu'un état volontariste qui se déciderait enfin à la privatiser serait la meilleure solution et qu'il faut arrêter de vivre dans le passé "soviétique". 

 

Il ne s'agit pas de dire, ici,  que la SNCF n'est sujet à aucune critique, mais pour qu'elle soit  sérieuse il faut une certaine objectivité qui a visiblement manqué aux  trois auteurs .

La reconnaissante  de points positifs aurait participé à cette objectivité.

  • Qui peut nier que malgré les erreurs conduites sur" le tout pour le TGV ", il reste une réussite technologique
  • Que la sécurité ferroviaire est une des plus efficaces au point de rendre le train, le moyen de transport le plus sûr de France.
  • Que malgré des retards, la SNCF est une des entreprises ferroviaires les plus ponctuelles au monde .
  • Comment reprocher à la SNCF son endettement sans expliquer que le rail est le seul mode de transport qui a financé ses propres infrastructures ? Car aujourd'hui quelle serait la santé financière d'Air France si celle-ci avait dû construire à ses frais les 190 aéroports français, des grandes compagnies de transports routiers si elles avaient financé les autoroutes ou les ports pour les compagnies maritimes ?
  • Comment peut-on reprocher dans le même livre les vraies magouilles des entreprises de BTP lors de la construction des lignes à grandes vitesses et présenter Loïk le Floch-Prigent, éphémère patron avant son séjour en prison pour le détournement de 300 millions d'Euros à ELF, comme le dirigeant modèle ?
  • Enfin comment critiquer le déficit du FRET sans parler de la concurrence déloyale des camions qui pratiquent un dumping social dangereux et coûteux pour la société ?

Le tout- camion s'est effectué au détriment des conditions de travail des chauffeurs routiers et de la sécurité de tous,puisque 39% d'entre eux ont des dérogations pour travailler 56 heures par semaine.  

 

Comment ne pas s'intérroger sur les véritables motivations de l'un  des auteurs qui déclarait   le 7 novembre 2006, à Chloé Dussapt  (dans Challenges)   au sujet d'Anne-Marie Idrac, nouvellement nommée :

" En revanche, elle peut s`atteler au statut des cheminots, qui est très rigide. Un employé cheminot coûte 25% de charges supplémentaires par rapport à un autre salarié. L`un des objectifs serait d`allonger la durée de conduite des cheminots, d`assouplir leur organisation du travail. "........

 

Pour finir, le jeu de quilles réalisé dans ce livre frôle  un écueil de taille : il néglige que cette locomotive folle roule dans les rails d'une politique des transports dont les orientations incombent d'abord aux pouvoirs publics. 

Comme ceux qui en font un éloge inconditionnel, oublient que si la SNCF ne subit que des critiques, on saura la remplacer. L'exemple de l'Angleterre est là pour nous démontrer que  malgré les changements opérés, ce n'est pas pour autant, que cela va mieux et coûte moins cher !  ( Rémy Prud'homme, professeur des universités  pour LaTribune.fr

http://www.lepetitjournal.com/homepage/economie/75668-deficits-pourquoi-la-sncf-perd-de-largent-.html)

 

 

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